Les sauvageon.ne.s
Une encyclopédie évanouie. Plantes, mouches, moustiques.
“Il y a dans mes dessins cette même lumière diaphane vue
dans les yeux de ma mère sur le point de partir.”
Une faible lueur décolorée qui lutte à remonter depuis le fond de l’image, pour en traverser sa matière, en iriser la surface et appeler le dessin au bord de l’évanouissement à tenir bon.
L’ensemble de mon travail artistique interroge le rapport que nous entretenons au vivant, à la mort, aux territoires, à la nature, à l’histoire, à la fragilité, dans une démarche oscillant entre une inquiétude raisonnée, le désir d’émancipation et la liberté de résister aux tendances liberticides.
Je dessine un herbier de plantes sauvages depuis le début du mois de septembre 2024. L’été n’est pas encore achevé et je sens que l’automne est déjà à l’affût.
Je ne sais pas vraiment ce qui m’a incité à me lancer dans cette aventure. 275 dessins. Un désir encyclopédique.
Je venais de passer deux mois en résidence d’artiste à Calvignac dans la vallée du Lot.
Très vite est venue la nécessité d’augmenter ce projet autour de la rivière, de l’exil, de la mémoire et du voyage, par un lien avec le vivant, la flore du bord de rivière, la ripisylve, les éclosions d’éphémères qui éblouissent les coups du soir du pêcheur à la mouche que je suis, et les émergentes qui troublent timidement le grand calme juste après le courant, une nécessité de se décentrer, d’orienter le regard sur ce peu de chose qui disparaît en silence, ce presque rien que nous ne savons voir et de dessiner. Retrouver la possibilité d’étaler le corps. Tendre les bras. Embrasser en grand. Toucher pour donner forme.
Je dessine en état de conscience augmentée.
Le corps en éveil.
Les dessins se font sur de grandes tables cirées posées à l’horizontale. 220 x 160 cm.
Je peux étirer mon geste. Le fusain peine à accrocher à la surface, se refuse à la cire, cherche à échapper à la forme qu’indique mes mains, résiste, se disperse, file et finit par éclater en mille gouttelettes. Sauvages. Figures de l’inconnaissance. Je nomme ces dessins : Les sauvageon.ne.s.
Après les plantes viendront les mouches et les moustiques. Naturellement.
Elles, ils sont des résistant.es. Fragiles, méconnu.e.s mais indispensables.
La fragilité est indissociable de la notion de résistance, que ce soit celle de la matière face à l’usure du temps, ou celle de la mémoire face à l’effacement de l’image et du vivant.
Ce que l’on pouvait voir ne se voit plus. Ou de plus en plus rarement. C’est un fait. Faire c’est ce que je peux voir de mieux. L’image résiste. Le vivant résiste.
Je commence mon dessin par sa fin. Comme pour évoquer un monde qui touche à sa fin.
J’ai littéralement inversé le procédé de réalisation de mon dessin en commençant par la surface, ce qui sera l’extrémité visible, pour finir par le fond. Je dessine, je pose du bout des doigts la poudre de graphite sur la surface cirée de la table, trace avec l’ongle les fragiles mouches et moustiques, Stratiomydae Odontomyia hydroleon en danger critique d’extinction, la parade nuptiales des Asilidae, l’accouplement du Syrphe porte-plume, la matière peine à adhérer, la cire éclate la forme, disperse les figures qui s’étiolent.
Je dessine à l’endroit, très appliqué à l’incidence de mon geste artistique, où le sujet est l’objet d’une dislocation, d’une dispersion, tout en pensant, mi-amusé mi-soucieux, que mon dessin sera finalement vu à l’envers. Ce qui est dessiné s’efface peu à peu. Sans repentir possible. Au fur et à mesure de l’avancée de mon dessin l’image disparaît sous des recouvrements successifs, j’en oublie sa présence, je la perds. Ma mémoire hésite sur la forme à donner. J’avance à tâtons. Je m’étonne de ce que je ne vois plus. Mon dessin est soudainement devenu silencieux.
Pour fixer le dessin je coule une fine couche de résine végétale, j’incorpore des micro-billes de verre réfléchissantes qui vont avoir pour effet de cristalliser l’image dans une matière transparente et de réfléchir la lumière. Une image fossile à venir.
Je maroufle le papier Vélin d’Arches ou la toile de lin au verso d’un dessin désormais invisible.
Je décolle l’ensemble de la table cirée et je retourne.
Le dessin se révèle, il est neuf. Il est différent. Il est déjà-vu. Il est un dessin fossile.
Chaque dessin fait écho à un texte, se tisse le récit d’une rencontre improbable, perdue, le corps de mon dessin a une langue. Mon dessin parle la langue des herbes et des mouches.
Chuchote à l’ombre des marécages. Voit sous les jupes des fleurs. Écoute le fracas du monde.
J’écris
Le texte nuage
L’image gouttelette
Le fusain éclabousse, se cherche des mots pour dire les plantes, les mouches et les moustiques, pour en dire l’histoire et la précarité. Je développe le projet d’en faire un livre, autour du lien entre un monde sur le point de s’évanouir et le regard distrait que nous lui accordons. Un livre et une exposition.
Plantes
Les Sauvageon.nes : une encyclopédie évanouie, Callune, Liseron des haies, Campanule fluette, 2026, dessin inversé, poudre de graphite, papier de soie, résine végétale et micro- billes de verre sur toile de lin sur châssis, 140 x 130 cm.
Les Sauvageon.nes : une encyclopédie évanouie, Freesia blanc. Crocus de printemps. Helléborine rouge foncé, 2026, dessins inversés, poudre de graphite, papier de soie, résine végétale et micro-billes de verre sur papier vélin d’Arches 640 g/m2, 76 x 56 cm.
Les Sauvageon.nes : une encyclopédie évanouie, Gouet d’italie. Griffe de sorcière. Je ne sais plus j’ai oublié, 2026, dessins inversés, poudre de graphite, papier de soie, résine végétale et micro-billes de verre sur papier vélin d’Arches 640 g/m2, 40 x 30 cm.
Les Sauvageon.nes : une encyclopédie évanouie, Asphodèle du dauphiné. Souci des champs, 2026, dessins inversés, poudre de graphite, papier de soie, résine végétale et micro-billes de verre sur papier vélin d’Arches 640 g/m2, 40 x 30 cm.
Les Sauvageon.nes : une encyclopédie évanouie, Navet du Diable, la centaurée jaune, la bourrache, 2026, dessin inversé, poudre de graphite, papier de soie, résine végétale et micro-billes de verre sur toile de lin sur châssis, 150 x 120 cm.
Les Sauvageon.nes : une encyclopédie évanouie, Mouron bleu. Bragalou, 2026, dessins inversés, poudre de graphite, papier de soie, résine végétale et micro-billes de verre sur toile din sur châssis, 120 x 120 cm.
Les Sauvageon.nes : une encyclopédie évanouie, Trou de mémoire. Vulpin des champs, 2026, dessins inversés, poudre de graphite, papier de soie, résine végétale et micro-billes de verre sur papier vélin d’Arches 640 g/m2, 76 x 56 cm.
Mouches, moustiques
Les Sauvageon.nes : une encyclopédie évanouie, Asteia amoena, Ibisia marginata, Atrichops crassipes, Aulacigaster leucopeza, Anthrax anthrax. Microcpeza corrigiolata, Megamerina dolium, Dryomyza, 2026, dessins inversés, poudre de graphite, papier de soie, résine végétale et micro-billes de verre sur toile de lin sur châssis, 120 x 100 cm.
Les Sauvageon.nes : une encyclopédie évanouie, Dictenidia bimaculata. Erax punctipennis, Gliphotriclis ornatus, Holopogon melaleucus, Laphria flava, 2026, dessins inversés, poudre de graphite, papier de soie, résine végétale et micro-billes de verre sur toile de lin sur châssis, 140 x 130 cm.
Les Sauvageon.nes : une encyclopédie évanouie, Dasypogon teuton. Machimus chrysitis. Stenopogon sabaudus, 2026, dessins inversés, poudre de graphite, papier de soie, résine végétale et micro-billes de verre sur papier vélin d’Arches 640 g/m2, 76 x 56 cm.
Les Sauvageon.nes : une encyclopédie évanouie, Dioctria rufipes. Leptogaster cylindrica, 2026, dessin inversé, poudre de graphite, papier de soie, résine végétale et micro-billes de verre sur papier vélin d’Arches 640 g/m², 76 x 56 cm.
Les Sauvageon.nes : une encyclopédie évanouie, Qasypogon diadema, Cyrtopogon fulvicornis. Simulie à tête rouge. Ptychoptère souillée, 2026, dessins inversés, poudre de graphite, papier de soie, résine végétale et micro-billes de verre sur papier vélin d’Arches 640 g/m2, 76 x 56 cm.
Les Sauvageon.nes : une encyclopédie évanouie, Anopheles hyrcanus. Bolitophila saundersii. Moustique commun, 2026, dessins inversés, poudre de graphite, papier de soie, résine végétale et micro-billes de verre sur papier vélin d’Arches 640 g/m2, 76 x 56 cm.






























